Sur quoi appuient dans l’homme les religions ?


Les religions appuient dans l’homme sur :

un sens qui est présent à l’état natif en chacun de nous, et sans doute intrinsèque à toute vie, le sens de l’universel, soit d’appartenance à un tout, à une globalité, au monde, soit la conscience des liens qui existent en chacun de nous avec l’univers, les autres, humains et formes de vie dites non-humaines, et au-delà, tout ce qui est,

un sentiment qu’on peut nommer « empathie », soit ressentir ce qu’un autre ressent, soit le sens du dépassement de soi, de la capacité à traverser ses limites, de les franchir pour se mettre dans la peau d’un autre, d’être à la place d’un autre, que cet autre soit un humain ou un non-humain, ou toute chose qui est,

la faculté du lien, lien entre la forme d’existence individuelle que chacun est, et tout ce qui est, chaque forme d’existence pouvant être définie comme une capacité unique à créer et à projetter des liens dans toutes les directions, à l’extérieur de soi, vers tout autre,

la faculté intellectuelle à transcender les concepts d’intérieur et d’extérieur, de dedans et de dehors, et l’idée de frontière, de limite, soit à se décaler, à prendre du recul, à se voir d’en dehors, à considérer non plus le monde à partir de soi, de son centre, comme centre de la vie et du monde, mais à appréhender la totalité, soit à se décentrer, on dit en mathématique, à changer de repère.

Les religions, toutes, ont pour fonction première d’amputer la capacité religieuse innée en chaque être humain (capacité qui est inhérente à toute existence et à tout qui est, animaux et végétaux, de même que dans la matière dite inerte), et à façonner des êtres privés de cette capacité, de façon à les rendre malléables à la servitude.

Les religions ne sont qu’un mode de domination complémentaire et concurrent des deux autres modes de dominations, concurrents entre eux, le fer et l’argent, soit les modes de dominations exercés par les hommes de violence physique, cette violence physique prenant la forme directe, l’épée, le bâton, l’arc, le fusil, la bombe, le poing et autres, ou indirecte, via les échanges économiques, soit le commerce et la finance, les « affaires », commerçant qui possède la capacité, ou plutôt l’infirmité existentielle de pouvoir léser autrui, sans ressentir lui-même de mal, comme l’homme de main a la capacité ou l’incapacité, l’infirmité existentielle de blesser autrui sans en ressentir lui-même de mal.

Le prêtre complète le duo homme de guerre et homme d’argent, pour former la trilogie des dominateurs, qui ont en commun cette infirmité existentielle de posséder un sens religieux amoindri, tant amoindri qu’il est inexistant chez ceux de ce genre qui réussissent le mieux dans la domination.

Le prêtre exerce lui la violence dans le domaine psychologique, et sa contribution dans la stabilité d’un ordre social fondé et maintenu au profit des infirmes dépourvus de sens de l’autre et de l’universel, est primordiale, car la force seule, directe, celle de l’homme de main, ou indirecte, soit celle de l’homme d’argent, ne peut suffire à domestiquer des populations entières, car ces infirmes sont en nombre très réduits par rapport à la masse populaire.

La fonction du prêtre dans un système coercitif généralisé, ou la population est changée en chose soumise et exploitable par les dominateurs, est d’interdire l’éclosion dans les esprits de l’idée de révolte, de liberté, d’interdire la conscience de son exploitation, et de la domination.

Seuls ces interdits inculqués au berceau même à la masse, empêchent la masse de balayer ses dominateurs, et au système social pyramidal de perdurer.

La façon d’interdire à la masse la conscience qu’elle est dominée et exploitée, consiste à isoler chacun de ses membres de la masse des autres membres de la masse, afin qu’ils ne puissent communiquer diectement, et échanger leurs réflexions, leurs impressions.

Une fois chacun isolé, ce chacun reçoit comme unique information, éducation, vision du monde, celle transmise par les prêtres, soit la vision d’un monde où il est normal d’être dominé et exploité, et que l’ordre normal des choses, où chacun est à sa place, est un ordre pyramidal, avec un sommet qui domine et commande à la masse, et qui jouit de tout, et une masse qui au fond ne possède rien, et n’a aucun pourvoir sur son existence.

La fonction du prêtre est donc pour résumer, d’isoler chacun des autres, donc de briser, d’anéantir le sens inné du lien entre soi et tout ce qui est, soit d’amputer de chacun le sens religieux.

Le prêtre est comme ces psychiatres qui pour rendre normal, sain, adapté à l’ordre social, pratiquaient et sans doute pratiquent toujours, une opération nommée « lobotomie », qui consiste en le sectionnement chirurgical de certaines zones du cerveau.

Le prêtre et tous les systèmes religieux pratiquent la lobotomie de masse, non pas par des opérations individuelles, mais par une opération psychique par le langage, qui se transmet de génération en génération via l’éducation, transitant par les parents, puis par l’école, le lycée, auparavant le service militaire, et maintenant les médias, la télévision et autres communications omniprésentes et sans fils matériels.

Comment en est-on arrivé là, à ce que ce système se généralise, et soit devenu le seul système en place ?

C’est sans doute une question de masse critique.

Passé une certaine masse à un point donné de l’histoire humaine et à un lieu donné, une société humaine qui s’est formée sur le principe pyramidal est devenue impossible à réformer, et il a suffit qu’une seule société de ce type apparaisse pour que cette manière agressive d’être s’impose à toutes les autres sociétés, qui n’avaient plus comme choix que de disparaître ou de lui ressembler pour pouvoir l’affronter et survivre.

Mais pourquoi une telle société, un tel embryon malfaisant est-il apparu ?

La réponse est sans doute très simple.

Dans toute population apparaissent des individus déviants de la moyenne, soit possédant des qualités supérieures, sens du beau exarcerbé qui en font des artistes, ou de l’intelligence abstraite, qui en font des chercheurs, et autres. Il y a inévitablement aussi apparition de déviants de la moyenne qui sont privés de certaines capacités que tout autre possède à différents degré. Ces gens de « pouvoir », les dominateurs (religieux, hommes de mains et commerçants), sont sans doute caractérisés par une absence plus ou moins totale du sens du lien, de l’universel.

Il est d’autant plus facile à ces gens d’agresser et d’exploiter, de léser, de faire du profit, de tromper autrui, de dominer, de posséder, qu’ils ne ressentent pas le mal qu’ils font.

Le problème se pose dès l’instant où ce type d’infirmes existentiels s’est imposé dans une société, et a commencé à façonner les esprits de la population, pour les rendre dès la naissance adaptés à la soumission, en les privant de leur sens religieux, c’est à dire en les rendant semblables à eux-mêmes, mais sans leur inculquer leur propre avidité au pouvoir, avidité qui est sans doute ce qui remplace chez eux le sens religieux, avidité qui apparaît comme un palliatif au sens de l’universel dont ils sont privés, soit la jouissance qu’ils trouvent à dominer, à être au centre, à être regardés, comme si cela pouvait remplacer ce lien fondamental qui leur manque, et que la moindre des choses, la moindre molécule, le moindre moineau possèdent. Il est très difficile de changer de ce type de système une fois qu’il s’est mis en place, de plus quand ce système mécaniquement s’impose sur toute la planète.

Alors que faire ?

Attendre l’écroulement généralisé qui ne peut qu’être l’aboutissement d’un tel système ?

Ou y a-t-il une autre voie ?

Il est très clair que ce système d’amputation existentielle apparaît comme particulièrement grave, profond et généralisé, chez les populations où on l’inculque à l’intégralité de ses membres, comme sous la forme de l’esprit de séparation, soit l’esprit de division, soit l’amputation généralisée à tous du sens du lien, de l’universel, de l’empathie, amputation du sens du lien qui prend la forme de la ségrégation, de la discrimination, qui se manifestent par les énoncés des notions de bien et de mal, d’élection divine, de suprématie, de fidèles et les autres, de purs et d’impurs, de sacré et de profane, et qui se traduit dans le concret par une rupture physique d’avec les autres, et un mode d’existence entre soi, dans un ghetto, derrière un mur, ce mur physique étant la manifestation du mur intérieur qui incarcère chaque individu en lui-même et qui le prive du monde, le tient hors le monde.

Michel DAKAR, site religieux http:// opadel.net le 20/11/2006.